Si le « Festival des Identités Culturelles » n’avait pas été créé, il aurait fallu absolument l’initier au regard de cette mutation culturelle qui absorbe nos savoir-vivre et nos cultures. Depuis ses premières heures, l’événement s’est illustré avec de grandes ambitions : immortaliser et pérenniser ce qui nous définit, c’est-à-dire la culture. La 7e édition a encore ouvert ses portes la soirée du jeudi 14 et ce, jusqu’au 18 mai avec une panoplie d’activités au programme, la présence de plusieurs pays africains, sans oublier des invités de marque.
Organisé par le Cinéma Numérique Ambulant (CNA), ce grand rendez-vous s’affirme une fois de plus comme un rempart contre l’oubli et un vecteur de rapprochement entre les peuples.

Un programme riche entre projections, masterclass et débats
Pour cette septième halte, le comité d’organisation n’a pas fait les choses à moitié. Selon le Président du Comité d’Organisation (PCO), M. Wend-Lassida Ouedraogo, le septième art sera au cœur des échanges avec 29 films documentaires (longs et courts-métrages) projetés gratuitement sur les sites de Ouidi et de l’IDS.
Mais le festival, c’est aussi un carrefour de réflexion. Une masterclass se tiendra le samedi 16 mai autour de l’œuvre magistrale« Sarraounia » (1986) de Med Hondo, un film historique qui résonne encore fortement avec l’actualité. Le lundi 18 mai, l’ENAM accueillera un panel sur le thème « Les identités culturelles à l’ère du village planétaire », animé par des figures telles que le Dr Jacob Yarassoula Yarapatioula (DG de l’ENAM), l’acteur Issaka Sawadogo et Pr Antoinette TIDJANI Alou. Une leçon inaugurale de la Commission Nationale Burkinabè pour l’UNESCO (CNB-UNESCO) ouvrira ce cadre d’échange.

Transmission
Les plus jeunes ne sont pas oubliés avec un espace dédié à l’initiation aux rudiments de l’écriture de contes, une initiative en parfaite synergie avec les politiques d’éducation artistique en milieu scolaire.

CNA : Documenter le réel pour sauver le patrimoine
Interrogé sur l’impact de ce festival depuis sa création, le PCO affiche une fierté légitime, nourrie par des victoires concrètes sur le terrain.
« Notre activité au quotidien, c’est d’aller dans les zones reculées et de montrer que le cinéma africain est réparateur dans les villages. Constatant que notre savoir-faire et notre savoir-être étaient en train de disparaître, nous avons initié des ateliers vidéos pour documenter cette richesse », explique M. Wend-Lassida Ouedraogo.
Il rappelle notamment un fait d’armes marquant de l’édition 2022 : la mise en lumière des « Silanko », une communauté linguistique minoritaire du Burkina qui ne comptait alors que 600 locuteurs. Pour le CNA, documenter ces pratiques en voie de disparition reste le plus sûr moyen d’éduquer les jeunes générations.

La communauté Bissa à l’honneur : Lever les préjugés par le brassage
Cette année, c’est la communauté Bissa qui succède aux invités d’honneur précédents. À travers des expressions culturelles diverses et une exposition-vente de produits caractéristiques, elle est au centre des attentions, notamment pour faire écho à la célébration de la Journée des coutumes et des traditions.

Pour Jean Célestin Ki, conseiller technique du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, la présence du ministère se justifie par le fait que la culture et le cinéma constituent des objets d’étude essentiels pour les enseignants-chercheurs burkinabè. Il insiste également sur la portée philosophique et sociale de cette mise en valeur :
« Aller découvrir l’autre et savoir ce qu’il fait réellement permet de lever les barrières et de se départir des préjugés. Tout élément culturel naît dans un contexte précis. Si on le juge en dehors de ce contexte, on le perçoit négativement. Mais si on le contextualise, on comprend et on tolère. Les hommes doivent se tolérer. »

Un festival résilient soutenu par les plus hautes autorités
Dans un contexte national particulier, la tenue de cette 7e édition est le symbole d’une remarquable résilience. Dr Adama Segda, conseillère technique et représentante du ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Mr Gilbert OUEDRAOGO a tenu à saluer le travail de terrain du CNA. Pour elle, ce festival s’inscrit en droite ligne des orientations données par le Chef de l’État, le Capitaine Ibrahim Traoré :
« Le Président nous invite à retourner vers nos cultures et nos référents, à plonger dans nos racines pour mieux connaître notre passé et avancer sereinement dans la modernité. Ce que nous avons vu à l’ouverture, c’est la fusion et la complémentarité entre tradition et modernité. »
Soutenant l’adage qu’« un film vaut mieux que mille mots », la représentante du ministre a réitéré les encouragements et les félicitations du gouvernement aux organisateurs, les invitant à persévérer dans cette œuvre hautement salutaire pour la mémoire collective du Burkina Faso.
La population burkinabè est donc attendue massivement pour faire de cette grande fête culturelle un succès retentissant. Sortons nombreux, en famille ou entre amis, pour soutenir nos créateurs, honorer nos traditions et, ensemble, écrire les pages de notre avenir. Le « Festival des Identités Culturelles » vous attend jusqu’au 18 mai.
Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle.com
