C’est une pratique vieille comme le monde, mais qui continue de surprendre le grand public : dans l’industrie de la musique, les chiffres des plateformes ne racontent pas toujours toute la vérité. Pendant longtemps, le fonctionnement des labels et des maisons de disques était très simple. Avant de signer un chanteur ou un rappeur, les producteurs n’enchaînaient pas les signatures au hasard. Ils étudiaient d’abord son potentiel commercial et écoutaient attentivement ses projets musicaux.

Au moment de signer le contrat, tout était clair. Les deux parties misaient ensemble pour faire un deal gagnant-gagnant. Une fois l’artiste signé, le plus dur commençait : il fallait trouver un moyen de positionner sa musique pour faire des ventes, aussi bien en format physique qu’en streaming. Et pour vendre sur Internet, il faut être vu et écouté. Les plateformes fonctionnent avec des flux et des classements journaliers ou hebdomadaires. Pour y apparaître et recevoir de vraies recommandations auprès du public, il faut générer du volume très vite.

C’est exactement là qu’intervient l’achat de streams et de vues. En payant pour gonfler artificiellement les écoutes et le nombre de vues sur les vidéos, le morceau est propulsé en un rien de temps dans les playlists, les tops et les suggestions d’écoute. D’ailleurs, rien n’interdit de payer des vues ou des streams pour positionner un artiste. C’est simplement une stratégie de placement et de marketing.

Ce phénomène continue bien son chemin dans les maisons de production actuelles, même si nous préférons taire les noms. C’est d’ailleurs ainsi que ces labels ont fait et continuent de procéder pour percer le marché africain. Aujourd’hui, plein d’artistes qui ont pourtant une très faible cote de popularité au départ explosent les compteurs dès la sortie de leurs morceaux, avec des millions de vues sur YouTube et des streams incroyables sur les plateformes. Au final, on se retrouve avec des morceaux dont les clips dépassent les millions de vues sur les plateformes, mais qu’on n’entend tourner dans aucune discothèque ni dans aucun maquis.
Tout n’est finalement qu’une question de politique et de stratégie dans l’écosystème musical. Même si cela paraît étrange pour beaucoup de monde aujourd’hui, ça fait tout simplement partie du business.
Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle.com