Au Burkina Faso, si Dieu n’avait pas créé cet homme, tous les sages auraient dû prier pour qu’il le fasse, pour le plus grand bonheur des Burkinabè. Ce monsieur se nomme tout simplement Sam Zongo Étienne. Derrière l’identité musicale de la communauté Bissa, dénommée « Djecka », se cache un architecte hors du commun qui s’est donné corps et âme, mettant toute son ingéniosité au service de sa révolution et de sa perfection. C’est l’un des plus grands arrangeurs pour ne pas dire le plus grand à avoir façonné la musique burkinabè et fabriqué des mastodontes dont la renommée dépasse aujourd’hui les frontières.
Bien que le Djecka existait déjà, il était resté à un état embryonnaire et risquait même de disparaître. Il a fallu ce grand maître pour retravailler et relancer ce mouvement musical. Aux côtés de la légende Doundosy, l’aventure ne date pas d’hier, et aujourd’hui, le travail a payé : le Djecka est adopté par tous. La communauté Bissa danse sa musique avec fierté, et de nouvelles voix continuent de bercer les générations avec des morceaux modernes qui gardent toute l’âme de cette culture.

Les révélations de la légende Doundosy
Pour bien comprendre l’impact de cet homme, il faut écouter le témoignage de Doundosy, le précurseur de cette musique. Il ne mâche pas ses mots pour expliquer tout le travail abattu par l’arrangeur.
« J’explique l’effort que Sam Zongo a fourni pour positionner le Djecka aujourd’hui dans notre patrimoine musical », confie la légende. « Voici quelqu’un qui m’a suivi partout, qui m’a aidé partout. Au début, pour pouvoir maîtriser la musique, le rythme et la manière de jouer ce Djecka qu’il voulait réinventer et révolutionner, il a fallu qu’il se déplace plusieurs fois dans mon village. »

Faire le voyage jusqu’au village pour comprendre la source du rythme n’est pas donné à tout le monde. Le précurseur du Djecka le souligne avec insistance :
« Il y a combien d’artistes et d’arrangeurs dans ce monde qui abandonnent leur travail pour aller suivre un artiste dans son village ? C’est rare. Donc je pense qu’il mérite un grand honneur et d’être reconnu pour ce qu’il a fait. C’est grâce à lui que je suis connu aujourd’hui, et c’est grâce à lui que la musique Bissa a pris cette ampleur. Il a sacrifié son temps, son savoir-faire et son amour pour la musique afin de relancer ce rythme. »

Des sacrifices sur le terrain pour moderniser la culture
L’engagement de Sam Zongo Étienne va bien au-delà du studio d’enregistrement. Les anecdotes racontées par Doundosy montrent jusqu’où l’arrangeur a poussé son dévouement.
« Il est même venu habiter avec moi pour le tournage du clip « WOBR » en Côte d’Ivoire », rappelle le chanteur. « Je ne compte plus le nombre de fois où il a été avec moi au village, où il a dormi là-bas, jusqu’à dormir sur la tombe de mes parents. Sam a tout fait pour m’aider à moderniser le Djecka, et on est arrivé à un niveau où on est vraiment satisfaits. »

Le mastermind du son Bissa
Le Djecka a toujours fait partie de la tradition Bissa, mais il fallait réussir à l’adapter aux oreilles d’aujourd’hui sans le dénaturer. C’est précisément là que l’intervention de Sam Zongo Étienne a fait la différence.
« C’est lui qui est derrière le Djecka, c’est lui le mastermind », conclut Doundosy. « C’était un truc traditionnel, et il l’a tellement modernisé pour que ce soit facile à écouter et à apprécier par tout le monde. Si ce rythme a atteint ce niveau et si les Bissa sont fiers de leur culture musicale aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à tous ces efforts. »
Par ailleurs, Doundosy se prépare à offrir quelque chose de consistant aux aficionados de cette musique intemporelle, le Djecka. Le morceau s’intitule « WƆDƆKURƐ ». Sa sortie est annoncée de manière imminente et risque de surprendre. Surveillez bien les nouvelles et surtout, restez aux aguets sur ses réseaux sociaux.
Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle.com