Malgré un contexte de défis constants, la 12e édition du « Festival Cinévillage de Kouila » a tenu toutes ses promesses. Du 7 au 10 mai dernier, la province du Bassitenga a vibré au rythme du septième art et des traditions, affirmant son statut de carrefour culturel incontournable au Pays des Hommes Intègres. Placée sous le thème « Cinéma et environnement », cette 12e édition du Festival Cinévillage a transformé la localité en un épicentre artistique où la cohésion sociale et la valorisation du patrimoine local ont fait front commun.

Une programmation en XXL, avec une touche d’innovation
Pendant quatre jours, le festival a déployé un menu riche et diversifié. Entre carnavals colorés, séances de lecture, panels de réflexion et masterclass, l’événement a su marier l’apprentissage à la fête. L’innovation majeure de cette édition repose essentiellement sur l’ouverture de l’« Espace enfants ». Un cadre harmonisé par des instruments de divertissement, permettant aux tout-petits de vivre ces moments dans une bonne atmosphère. L’espace a accueilli un très grand nombre d’enfants, venus des douze quartiers de Kouila.

Le point d’orgue de cette célébration a sans nul doute été la soirée de clôture, le 10 mai. Sur scène, l’énergie était à son summum. Des mastodontes de la scène urbaine, les artistes, venus des quatre coins du Burkina Faso, ont offert des prestations de haute volée. Chacun a déployé l’énergie nécessaire pour maintenir le public en haleine, témoigne un festivalier, encore sous le charme d’un show qui a atteint son paroxysme lors de l’apothéose.

Le triomphe de « Katanga »
Le public, venu en nombre, a eu le privilège de découvrir « Katanga, la danse des scorpions », l’œuvre magistrale sacrée « Étalon d’or au FESPACO » 2025. Ce moment de projection a rassemblé de nombreux cinéphiles, sans oublier des festivaliers. Beaucoup ont fait des kilomètres pour ne pas manquer ce film, vu l’écho qu’ils en ont entendu et l’intérêt qu’il suscite : « Ce film me donne énormément de frissons. Les bruits des tambours sont vraiment effrayants », déclare un cinéphile.

Plus qu’un festival, un moteur économique et social
Au-delà de l’écran et de la scène, Cinévillage est un véritable poumon pour l’artisanat local. La rue marchande a mis en lumière le savoir-faire des créateurs de la région : vêtements, maroquinerie et objets d’art ont attiré les regards et les investissements. Pour les exposants, le bilan est largement positif. Une exposante, le sourire aux lèvres, ne cache pas sa satisfaction : « Durant ces quatre jours d’exposition, j’ai atteint mes objectifs. Je remercie les organisateurs pour leurs efforts constants. Que Dieu leur donne la force de continuer. »

Un moteur de croissance locale
Ce sentiment est partagé par les petits commerçants qui gravitent autour de l’événement. Une vendeuse de galettes, fidèle au poste depuis 11 éditions, témoigne de l’impact concret du festival sur son quotidien : « Je viens d’un village voisin à chaque édition. Le résultat a toujours été satisfaisant. Mais plus encore, nous remercions le festival car, grâce à lui, Kouila a bénéficié de l’éclairage public. C’est un changement majeur pour nous. »

Un héritage à préserver
Pour Bertrand Ilboudo, Commissaire général du festival, l’enjeu est désormais de pérenniser ce « joyau ». Son ambition est claire : offrir chaque année à Kouila ce temps de fraternité et d’apprentissage, tout en invitant la population locale à s’approprier pleinement l’événement. Un vœu partagé par la Directrice Régionale de la Culture de la région d’Oubri, Mme Sanou Traoré Awa, qui souhaite que le nom de la province soit désormais indissociable du « Festival Cinévillage de Kouila».
Si les défis restent nombreux, notamment en termes de professionnalisation et d’accueil d’un public toujours plus exigeant, cette 12e édition prouve que le Bassitenga possède désormais une signature culturelle forte, inscrite en lettres d’or dans les annales du pays et portée par une communauté soudée.
Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle.com
