De « Insurrection » à « Libre », sans oublier « Ma mission », aucun album de Amzy n’est passé inaperçu. Avec des lyrics taillés sur-mesure et des clips soignés, la star de l’afrourbaine burkinabè s’est imposée au fil des années. Ses simples singles du début sont rapidement devenus de gros hits. Mais le chanteur et rappeur ne compte pas s’arrêter là. Toujours inspiré, celui qu’on surnomme le « Gandaogo » passe un nouveau cap. Pour la première fois dans le rap burkinabè, il sort deux albums le même jour : un projet intitulé « Le monde et nous », avec un disque pour la scène internationale et un autre dédié au public local.

Sortir deux albums en une seule fois, c’est une des rares fois du rap, pour ne pas dire la première fois au Burkina Faso. Après des nuits entières passées au studio, Amzy est de retour avec un projet colossal à 360 degrés. Pour présenter ce travail à son public et aux spécialistes, l’artiste et sa direction artistique ont organisé une VIP Listening Party très sobre, le vendredi 21 dernier. Étaient rassemblés pour l’occasion des acteurs de la musique, des journalistes culturels, des blogueurs et des créateurs de contenus.

Pourquoi ce titre « Le monde et nous » ?
Pendant la soirée, Amzy a expliqué simplement ce qui l’a poussé à choisir ce titre et l’idée derrière ce projet ambitieux :
« Le monde, pour moi, c’est l’ensemble des êtres humains et tout ce qui les entoure, de haut en bas. Et nous… parce que pour moi, le monde est malade, et on devrait le soigner. Et qui devrait soigner le monde ? C’est nous. Voilà pourquoi « et nous » représente cela. Chacun de nous devrait regarder le monde avec un esprit critique et se dire : même si tout le monde faisait n’importe quoi, moi je ferais ce qui est juste, ce qui est bien, ne serait-ce que pour donner l’exemple. »

Pour Amzy, ce « et nous » a aussi une grande valeur identitaire et africaine :
« On peut encore voir « et nous » comme “nous”, “africains”, “nous”, “peuple noir”, “nous”, ”burkinabè ». Je pense que c’est notre tâche de sauver le monde, parce qu’il est vraiment malade. Et nous avons déjà des exemples qui montrent que ça devrait être nous. Au Burkina Faso, on a eu des hommes grands comme Thomas Sankara avant que je ne vienne au monde, ou comme Ibrahim Traoré aujourd’hui. »
Dès le premier morceau de l’album, le ton est donné ; Gandaogo refuse catégoriquement de se plier aux règles actuelles de la société qu’il juge inhumaines et qui mènent le monde à sa perte.

D’où vient le surnom « Gandaogo » ?
Amzy a profité de cette rencontre pour revenir sur son surnom de « Gandaogo ». Au départ, ce sont ses amis qui lui ont donné ce nom parce qu’il dit toujours ce qu’il pense sans détours. Il n’a pas la langue dans la poche. Mais c’est aussi une référence directe à la légende de la musique burkinabè, feu Georges Ouédraogo, qui portait ce surnom. Pour honorer ce grand artiste qu’il respecte énormément, Amzy a repris (samplé) une de ses chansons classiques dans son double album. Comme il le dit lui-même : « C’était un moyen pour moi de lui rendre hommage. Que Dieu veille sur son âme. »

Un hommage appuyé à son équipe : Tidiane et David Armel
Un tel projet ne se réalise pas seul. Gandaogo a pris le temps de remercier chaleureusement les deux hommes clés de sa carrière : son producteur Tidiane Ouedraogo (Destiny Prod) et son réalisateur de clips David Armel . « Je voudrais rendre hommage et saluer ce grand homme, Tidiane Ouédraogo. Il m’a pris dans la rue et a fabriqué le Amzy que vous voyez aujourd’hui. C’est quelqu’un qui a tout abandonné pour moi et ma musique. Il m’a dit : Tu as tout pour briller, alors viens, on va le faire ensemble. Je lui dis infiniment merci. »

Il a aussi salué le sacrifice de son réalisateur David Armel, parti aux États-Unis pour se former et revenu investir son talent au pays : « Un homme qui était allé aux États-Unis, il gagnait bien sa vie. Et quand on a commencé le projet avec Tidiane pour la production, il a dit : « Je laisse tout, je viens, parce qu’il faut qu’on change les choses. J’ai appris l’audiovisuel, je viens, on travaille ensemble. »
Le défi est relevé haut la main ; un double album, dont le premier est orienté vers le public urbain international et le second spécialement conçu pour le Burkina Faso. Amzy démontre qu’il a franchi un autre palier encore plus décisif. Rendez-vous le jeudi 27 août prochain pour le baptême officiel de « Monde et nous » au « Centre culturel du Faso » (Ex Canal Olympia).
Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle.com