Festival Cinévillage de Kouila : Luc Damiba ressuscite l’héritage de Moustapha Thiombiano, « l’Insaisissable »‎

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En marge de la 12e édition du « Festival Cinévillage de Kouila », un hommage digne a été rendu au feu Moustapha Thiombiano. À travers son film documentaire « Laabili l’insaisissable », le réalisateur burkinabè Luc Damiba rend un vibrant hommage à cet électron libre qui a façonné le paysage culturel et médiatique du Burkina Faso. C’est une figure de proue, un pionnier au destin romanesque, que Luc Damiba a choisi de porter à l’écran. Projeté devant une population de Kouila conquise, le film « Laabili l’insaisissable » n’est pas qu’un simple portrait : c’est une archive vivante du génie créateur burkinabè.

Un bâtisseur parti de zéro

Pour le réalisateur, Moustapha Thiombiano est l’homme qui a « tout inventé à partir de rien ». De la création de la première radio privée d’Afrique (Horizon FM) à la première télévision privée, en passant par les concours « Miss Burkina », les spectacles de « rameau » ou les « Courses de pirogues », l’homme a ouvert des chantiers là où personne n’osait s’aventurer.

‎« C’est un portrait musical, événementiel et culturel d’un homme de spectacle qui a tout repris à zéro à son retour au pays pour s’enraciner dans la liberté d’expression et la démocratie », explique Luc Damiba.

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‎« Laabili » : l’homme aux mille frontières

‎Le titre du film, « Laabili », ne doit rien au hasard. Signifiant « ce qui n’est pas posé, ce qui n’est pas stable », il définit parfaitement cet homme que l’on ne pouvait attraper. Né Dablé Moustapha au Togo, il adoptera plus tard le nom de Thiombiano. Citoyen du monde, il a traversé le Ghana, les États-Unis (où il a vécu 19 ans), le Canada et la Côte d’Ivoire avant de poser ses valises au Burkina Faso.

Le film révèle également des pans méconnus de l’histoire régionale. On y apprend notamment que le père de Moustapha a joué un rôle clé dans la construction de l’actuel hôtel Azalaï (ex-Hôtel Indépendance), en transportant le matériel depuis le Ghana, fruit d’un cadeau diplomatique de Kwame Nkrumah au Burkina Faso à l’aube des indépendances.

Un cri contre l’oubli et l’injustice

Au-delà de l’hommage, Luc Damiba pose un regard critique sur la reconnaissance de nos héros nationaux. Le réalisateur déplore que la jeune génération ignore souvent l’ampleur de l’œuvre de Thiombiano, dont le décès en plein début de pandémie de Covid-19 a quelque peu étouffé les hommages à la mesure de son talent.

Le documentaire revient aussi sur une blessure jamais cicatrisée : l’affaire du « Wassa Club ». Cet espace, autrefois un dépotoir transformé par Thiombiano en centre culturel dynamique sur fonds propres, lui avait été retiré par l’État.

‎« C’est une injustice que j’ai voulu montrer dans le film pour demander réparation », confie le réalisateur.

Vers une reconnaissance plus grande ?

‎Si l’État a récemment baptisé une rue en son nom, Luc Damiba estime que le compte n’y est pas encore. Entre sa carrière de cinéaste et sa riche discographie musicale méconnue du grand public, Moustapha Thiombiano mérite, selon le réalisateur, un sanctuaire à la hauteur de son héritage.

« Je rêve d’un musée », conclut-il, avec l’espoir que ce film servira de catalyseur pour que la mémoire de « l’Insaisissable » continue de guider la jeunesse africaine dans sa soif d’entreprendre et de créer.

Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle.com

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