Achat de streams et de vues : Tricherie ou stratégie marketing incontournable ?

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‎‎‎Dans l’industrie de la musique, les chiffres dictent souvent la loi. Pourtant, un sujet continue de faire grincer des dents ou de susciter le mystère : l’achat de vues et le gonflement artificiel des écoutes en ligne, communément appelé « pompage » de streams. Pour beaucoup, la pratique s’apparente à de la triche. Mais si l’on regarde de plus près le fonctionnement de l’industrie mondiale, ce phénomène n’est pas une anomalie. C’est un levier marketing de plus en plus standardisé, et il est temps que les acteurs du secteur, notamment au Burkina Faso, révisent leur jugement sur la question.

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‎‎Une vieille méthode adaptée au numérique‎‎

Contrairement aux idées reçues, cette pratique ne date pas d’hier. À l’époque du disque physique, les grandes maisons de disques achetaient parfois massivement les albums de leurs propres artistes pour les faire grimper artificiellement dans les classements (les fameux tops albums) et créer un effet d’engouement. Aujourd’hui, le terrain de jeu a simplement migré vers le numérique.‎‎ Lorsqu’un artiste signe avec un label majeur, un accord est souvent passé pour maximiser sa visibilité dès les premiers jours. Les maisons de disques, notamment françaises, travaillent main dans la main avec des spécialistes et collaborent de manière stratégique avec les gestionnaires des plateformes d’hébergement. C’est un partenariat où tout le monde trouve son compte. L’objectif est de donner une impulsion de départ à un projet pour que les algorithmes des plateformes (YouTube, Spotify, Apple Music) prennent le relais et le proposent naturellement à un public plus large.‎‎

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À la conquête du marché africain‎‎

Cette réalité n’est plus réservée à l’Europe ou aux États-Unis. Actuellement, plusieurs labels internationaux ont lancé une offensive majeure pour conquérir le marché africain. Et pour imposer leurs nouvelles signatures sur le continent, ils utilisent exactement les mêmes méthodes.‎‎ La musique est une industrie. Comme dans tout business, l’enjeu principal est de vendre un produit. À partir du moment où une méthode permet de faire découvrir une œuvre, elle n’a pas à être jugée moralement. Rien n’interdit légalement à un artiste ou à sa structure d’investir de l’argent pour gonfler ses statistiques de départ, tant que cela s’inscrit dans une stratégie globale de promotion.‎‎

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L’appel à une mise à jour au Burkina Faso‎‎

C’est ici que le bât blesse pour l’écosystème musical burkinabè. Qu’il s’agisse des artistes eux-mêmes, des managers, des producteurs ou des journalistes culturels, beaucoup restent ancrés dans une vision romantique ou dépassée de la diffusion musicale.‎‎ C’est une évidence pour les professionnels de la musique au Burkina Faso de faire une mise à jour logicielle sur le fonctionnement réel du marché actuel. Comprendre ces mécanismes n’est pas une incitation à la paresse artistique, mais une nécessité pour rivaliser à armes égales sur la scène internationale.

Si la musique burkinabè veut s’exporter et exister dans les playlists qui comptent, ses acteurs doivent maîtriser les codes du business de la musique, sans fausse pudeur ni complexes.‎

Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle

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