Pour lancer un vrai mouvement, il faut faire appel aux chanteurs du contenu. C’est-à-dire des artistes capables de s’amuser sur les concepts pour toucher les âmes avec des produits bien raffinés. C’est exactement l’idée derrière ce projet : Donsharp De Batoro a visé vraiment les étoiles pour faire naître ce concept, « WAGALI » en regroupant des voix solides capables de le porter très haut. Mais il y a une différence essentielle à faire aujourd’hui : il faut distinguer l’auteur de l’initiative et le projet lui-même, qui appartient désormais à tout le monde.

Se détacher de la personne pour adopter le symbole
Certaines personnes ont encore le réflexe d’associer directement les deux : quand on dit « WAGALI », ils pensent automatiquement que c’est égal à Donsharp. Et pourtant, il faut absolument se détacher de cette idée. Il faut adopter « WAGALI » comme un symbole, comme l’identité sonore de la musique urbaine burkinabè du 21ᵉ siècle. Dès la première sortie discographique regroupant toutes les catégories d’artistes chanteurs, rappeurs et autres, absolument rien n’a été fait au hasard dans aucun des titres. Chaque artiste a donné le meilleur de lui-même, sans jamais sortir du tempo du concept, avec le seul objectif de toucher les cœurs.
« Chacun doit effacer Donsharp de Batoro de son viseur et se dire : le concept est à moi, il est à tout le monde. C’est ainsi qu’on bâtit une vraie révolution musicale. »

100% urbain à la sauce 226
Musicalement, « WAGALI » propose une recette du 100% urbain à la manière de chez nous, au 226. La base repose sur une rythmique moderne soutenue par les percussions traditionnelles du pays. On y retrouve les frappes et les cadences du « Wiré » du « Warba », du « Liwaga », du « Binon » ou encore du « Djecka », le tout parfaitement intégré dans une dynamique actuelle.
Des observateurs diront parfois que l’initiateur aurait dû mûrir d’anciens concepts en voie de disparition ou déjà disparus. Mais nous pensons le contraire. Les temps ont changé et chaque créateur développe son projet en fonction de ses propres recherches. Même si d’autres concepts verront le jour après celui-ci, pour le moment, c’est à ce titre qu’il faut donner des ailes. C’est lui qui peut faire entendre encore plus fort la musique burkinabè au-delà des mers. Si aujourd’hui le « Zouglou », le « Coupé-Décalé », le « Ndombolo », le « Makossa » ou la « Rumba congolaise » sont devenus des styles universels et admirés partout, c’est parce que chacun a accepté que ces projets appartenaient à tout le monde. Personne ne les a résumés à un seul nom.

Pour « WAGALI », la marche à suivre est la même. Notre souhait le plus cher est de voir de grandes figures de la musique poser sur ce rythme et le faire écouter à un public encore plus large. Il n’y a aucun doute que le Burkina Faso a toutes les cartes en main pour se faire une place parmi les meilleurs, même s’il est déjà en bonne voie.
Il faut maintenant tout donner pour élever ce projet, le faire grandir, le laisser pousser ses fleurs et éclore ses fruits pour l’ensemble du peuple.
Par Hervé ILBOUDO lemergenceculturelle.com